Episode 2 (partie 3/3) : « Aujourd’hui, le monde est mort »

  • 05-09-2014
  • G.G.
  • Expo, Art contemporain, Sugimoto, palais de Tokyo,

Que nous révèle en substance l’exposition « Aujourd’hui, le monde est mort » d’Hiroshi Sugimoto au Palais de Tokyo ?

Pour y répondre, il faut revenir aux sources d’inspiration de l’artiste où se côtoient littérature, readymades (le détournement d’objets du quotidien élevés au rang d’œuvre d’art), et tradition japonaise.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » (Albert Camus, L’Etranger). En reprenant la première phrase du roman de Camus pour donner un titre à son exposition, Hiroshi Sugimoto, ne se limite pas à nous montrer un vaste espace théâtralisé. Il veut que s’installe en profondeur dans notre esprit une réflexion sur le sens de l’existence. Chacun des micro-récits qui peuplent son exposition commence par cette phrase à la différence près que le mot « maman » est remplacé par celui de « monde ». Il existe entre l’artiste reconnu mondialement et le grand écrivain un hiatus, une même démarche révélée dans cette exposition, celui de mettre en exergue l’absurde. Car, l’absurde c’est ce qui n’a pas de sens premier, et qui par là-même nous questionne invariablement sur le sens du monde, des objets, et des choses en général.

Cette interrogation sur les objets se retrouve dans sa vision des readymades. Pour Hiroshi Sugimoto, les readymades tel que les concevait Duchamp « consiste à créer un nouveau monde en réorganisant le sens d’un quotidien auquel on ne prête pas attention ». L’artiste rapproche ce procédé d’une forme de poésie japonaise très ancienne appelée honkadori, et qui consiste à composer de nouveaux poèmes à partir d’anciens. Sugimoto pousse sa réflexion plus loin en faisant une référence directe (cf. ci-contre) à l’oeuvre posthume de Marcel Duchamp (Etant donnés : 1°) la chute d’eau, 2°) le gaz d’éclairage). On retrouve avec quelques variations les mêmes éléments que dans l’œuvre original : la position de voyeur du visiteur, la lampe à gaz, la poupée dévêtue…

Finalement, pour l’artiste, les repères temporels n’ont plus d’importance, car le temps en soi n’existe pas. Ainsi les paysages maritimes où l’on confond la mer et le ciel, se réduisent par là-même à leur composition : l’eau et l’air (deux éléments fondamentaux de l’existence). Les différentes mises en scène orchestrant la fin du monde ne font que nous renvoyer à notre propre destruction, anéantissement. Il y a eu un commencement, il y aura une fin. En ce sens, Hiroshi Sugimoto se rapproche des religions du Livre sauf qu’ici aucune perspective eschatologique d'une vie après la mort n’existe directement. On retrouve en revanche une volonté de préservation de l’espèce humaine non seulement dans le titre en anglais « Lost Human Genetic Archive », mais également dans les récits jalonnant l’exposition.

Commentaires

Maria 17-02-2015 Passionnant...

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