Episode 2 : "aujourd'hui le monde est mort" partie 1/3

  • 30-08-2014
  • G.G
  • Hiroshi Sugimoto, Exposition, Monde

Connaissez-vous Hiroshi Sugimoto, un artiste situé entre la tradition japonaise et l’urinoir de Marcel Duchamp ?

« Aujourd’hui le monde est mort », l’exposition sensation du Palais de Tokyo (jusqu’au 07/09/2014), nous transporte au cœur du travail d’Hiroshi Sugimoto. Cet artiste international connu pour ses séries photographiques comme ces « dioramas » et ses « seascapes ». Avant de nous intéresser à l’exposition, tentons de décrypter la démarche artistique d’Hiroshi Sugimoto.

Prenons l’exemple ci-contre (Homo Ergaster, 1997) extrait des Dioramas de l’artiste. Les dioramas sont des scènes reconstituées que l’on peut trouver dans les musées à des fins pédagogiques, lorsque le matériel archéologique est insuffisant. Ici, nous avons la photographie d’une scène où Homo Ergaster (notre lointain ancêtre), probablement charognard plus que chasseur, se retrouve en concurrence directe avec les vautours. La question qu’il serait légitime de se poser serait la suivante : pourquoi Hiroshi Sugimoto a-t-il choisi ce diorama comme cadre de sa photographie ?

Plusieurs éléments de réponse se trouvent dans la conception que se fait l’artiste du médium photographique. Partons du postulat que la photo ment, qu’elle ne peut pas révéler directement la vérité : c’est-à-dire la réalité du monde sans artifice, sans préjugés humains. En photographiant ce qui ne peut être vraisemblable, c’est-à-dire un paysage avec des hommes préhistoriques, Sugimoto nous donne à voir : 1- L’illusion d’une réalité trompeuse qui ne cherche pas à être vrai 2- La photographie n’est pas la réalité brute 3- La révélation d’un monde éternel par la négation (ce que je vois est une illusion sans artifice qui me fait percevoir par soustraction le monde tel qu’il est).

Ce qui semble intéresser Hiroshi Sugimoto, c’est l’immuable, l’éternité : ce qui reste après élimination de toute subjectivité et objectivité. La photographie est dans l’impossibilité de dire la vérité car pour l’artiste, comme il le rappelle dans une de ces notes non-publiées : « l’œil humain est irrémédiablement entaché par le désir. Il est habitué à voir ce qu’il veut voir, comme il veut le voir, si bien que votre œil fonctionne de fait comme un projecteur manifestant son propre monde sur cet écran blanc » (d’après Minoru Shimizu, « Hiroshi Sugimoto, gardien du vide »).

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